Seb : sa recette pour tenir tête aux
Chinois
Paris, 31 mars 2008
La déferlante de produits asiatiques
menaçait le groupe français,
leader mondial du petit électroménager.
Sa parade : lancer des nouveautés en
rafale, multiplier les marques et… racheter
un fabricant chinois.
Avec cette petite merveille dans votre cuisine,
vous aurez bien plus qu’une simple friteuse.»
Non, ce n’est pas Pierre Bellemare dans
son numéro de téléachat
qui parle, mais Philippe Crevoisier, le directeur
général de la division cuisson
électrique du groupe Seb (SK). Impeccable
dans son complet cravate, il fait l’article
pour l’Actifry, un faitout à
200 euros capable de préparer, tout
seul comme un grand, pendant que madame est
au salon, des gambas à la noix de coco,
du risotto de lentilles ou des piccatas de
veau. Mais aussi – et, n’ayons
pas peur des mots, il s’agit d’une
première mondiale – 1 kilo de
frites croustillantes avec une seule cuillerée
d’huile. «Superbe machine, non
? s’amuse Crevoisier, en pleine démo.
Si ça se trouve, elle sait même
faire les nems.»
Message reçu. Chez Seb, on ne se laissera
pas manger tout cru par la concurrence chinoise.
Face à l’attaque des bouilloires,
fers à repasser et autres sèche-cheveux
à moins de 15 euros, le leader mondial
du petit électroménager (13
800 salariés) a décidé
de montrer ses muscles. Rien qu’en 2007,
il a lancé 210 produits. Une moyenne
de quatre nouveautés par semaine, donc.
Efficace : en cinq ans, les ventes ont progressé
de 25%, pour atteindre 2,87 milliards d’euros
l’an passé. Le bénéfice
net, lui, a bondi de 64,2% en 2007, à
143 millions d’euros.
Il a racheté tous ses concurrents,
Tefal, Calor, Moulinex…
Le groupe français ne fait pas que
défendre son territoire : il sait aussi
attaquer. Fin décembre, il a mis 327
millions d’euros sur la table pour s’emparer
du fabricant chinois Supor, numéro
1 local des articles culinaires. «Un
joli coup, se réjouit Thierry de La
Tour d’Artaise, P-DG depuis 2000. Dans
cinq ans, la Chine sera notre premier marché.
» Le créateur, en 1857, de la
Société d’emboutissage
de Bourgogne (Seb), Antoine Lescure, ferblantier
de son état, n’avait sans doute
jamais rêvé de cette longue marche.
Durant des décennies, son affaire de
seaux, arrosoirs et ustensiles de cuisine
a vivoté. Puis, en 1953, elle est entrée
dans la légende et dans toutes les
cuisines de France, lorsque le petit-fils
du fondateur a mis au point une marmite à
pression, la Cocotte-Minute, qui, comme son
nom l’indique, permettait de cuire les
aliments en un temps record. A partir de ce
succès phénoménal, Seb
s’est transformé en prédateur,
croquant la plupart des concurrents qui se
trouvaient sur son chemin : les poêles
anti adhésives Tefal (1968), les sèche-cheveux
et les radiateurs Calor (1972), les fers à
repasser et les aspirateurs de l’allemand
Rowenta (1988).
Changement d’échelle fin 2001,
quand l’entreprise a déboursé
320 millions d’euros pour reprendre
Moulinex, son rival de toujours, et Krups,
la filiale haut de gamme de ce dernier. Une
acquisition qui l’a installée
au premier rang sur une ribambelle d’activités
: les fers à repasser, les articles
culinaires, les cuiseurs vapeur, ou encore
les minifours. Les adversaires ? Aucun véritablement
à sa mesure puisque les deux autres
mastodontes, le néerlandais Philips
et l’allemand Bosch, bien que très
actifs sur la cafetière ou le mixeur,
ont préféré se concentrer
sur le gros électroménager.
La suite aurait pu tourner au cas d’école
sur le management tranquille d’un groupe
en position de leader. Loupé : la pression
est venue des fabricants chinois. Innombrables.
Qui, à partir des années 2000,
se sont mis à fournir les grands de
la distribution en bric-à-brac à
prix cassé. Ainsi, les articles de
Proline, la marque distributeur de Darty,
arrivent directement des usines cantonaises.
Friteuses à 25 euros ou fers à
vapeur à 9,95 euros sont moins chers
que les articles d’entrée de
gamme de Seb. «On ne pouvait pas se
lancer dans une guerre des prix, explique
un dirigeant. Il y aurait toujours eu un Chinois
pour nous battre. Il a fallu trouver d’autres
stratégies de résistance.»
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Source : Capital
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