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La politique étrangère en 2008 ou la diplomatie des sourires

France, 8 janvier 2008

Prévoir l'imprévisible: c'est ainsi que l'on peut caractériser la politique étrangère russe en 2008. Certes, cette imprévisibilité concerne davantage des événements pacifiques qu'houleux. La Russie élira un nouveau président. Même si la continuité de la politique est maximale, on peut prévoir que l'activité de Moscou dans l'arène internationale sera légèrement moins intense. En même temps, les Etats-Unis éliront aussi un nouveau président, ce qui signifiera probablement l'arrivée d'une nouvelle époque. En fait, cela aura lieu non pas au moment de l'élection présidentielle de novembre 2008, mais probablement en 2009, par conséquent, une pause est prévisible. Bref, le monde pourra se reposer.

Mais on peut s'attendre à des recrudescences soudaines de conflits déjà existants ou à des tentatives maladroites de la part de certains pays ou de certaines forces pour profiter d'une certaine accalmie, selon eux, de Washington en 2008. Alors, l'impossible sera possible.
Citons les scénarii raisonnablement envisageables des événements dans le monde en 2008 et les commentaires à ce sujet.

Avantages en Iran. L'Iran est l'un des problèmes les plus douloureux de 2007 relégués à 2008. Le plus grand désir du monde politique est de se réveiller et de constater que cette crise n'était qu'un mauvais rêve. Cependant, il ne faut pas compter sur cela. Premier scénario. L'Iran poursuit ses programmes d'enrichissement de l'uranium, le Conseil de sécurité de l'ONU maintient des sanctions plutôt symboliques, les Etats-Unis et l'UE continuent à appliquer leur politique d'arrêt de la coopération avec l'Iran (sanctions unilatérales). La Russie, la Chine et tous les autres pays qui développent des contacts économiques avec l'Iran en respectant les sanctions de l'ONU y gagnent. Deuxième scénario: les Etats-Unis portent un coup limité de missiles à l'Iran, Téhéran n'y répond pas et, au lieu de cela remplace son président trop enclin à la prise de risques. La Russie, la Chine et tous les autres pays qui n'ont soutenu ni la pression exercée par les Américains, ni les défis iraniens lancés à l'Occident, y gagnent. Troisième scénario: une guerre totale avec une tentative d'occuper l'Iran. Même en remportant un premier succès avec leur action militaire, les Etats-Unis subissent l'effondrement de leur système, ce dont le monde entier était certain. En fin de compte, tout le monde y gagne, sauf les Etats-Unis et les pays du Proche et Moyen-Orient. Quatrième scénario: en 2008, l'Iran s'entend officieusement avec les Etats-Unis. Tout le monde y gagne, surtout l'Iran. La Russie n'y perd rien.

Défaite du Kosovo? Dès le début de la crise, la Russie a surtout misé sur sa réputation. On s'attend à ce que le Kosovo proclame aussitôt après le Nouvel An son indépendance et que les Etats-Unis et une partie des membres de l'Union européenne la reconnaissent. Par ailleurs, la Russie bloque l'adhésion du Kosovo au Conseil de sécurité de l'ONU. En fait, le Kosovo n'obtient rien de nouveau, mise à part l'indépendance vis-à-vis de la Serbie dont elle bénéficie déjà. Dans ce cas, la Russie manifeste son incapacité à contraindre les Etats-Unis et l'UE de prêter l'oreille à son point de vue. Certes, ce n'est pas encourageant. En revanche, Moscou déploie sa capacité à s'en tenir à ses principes sans céder à personne: c'est bien, mais ce n'est pas assez. L'Union européenne, tiendra-t-elle compte des principes d'inviolabilité des frontières et de sanction à l'encontre du séparatisme, surtout armé? Ce problème concerne l'Europe, et non la Russie.

L'OTAN atteindra le Caucase. L'adhésion de la Géorgie et de l'Ukraine à l'OTAN pourrait être annoncée au cours du sommet de cette organisation au printemps. Compte tenu de la situation intérieure dans ces deux Etats, ce scénario semble improbable et désavantageux pour tout le monde. Mais beaucoup de choses incroyables se produisent dans le monde: par exemple, la guerre en Irak présageait aussi beaucoup d'ennuis à l'Amérique, mais elle a tout de même été déclenchée. Quelle doit être la réaction de Moscou face au défi lancé par l'OTAN? Ce serait une dure épreuve pour le nouveau président, mais plutôt une épreuve politique intérieure. Le problème est que l'opinion publique de la Russie préfère des actions et des déclarations plus musclées, alors que la logique suggère, au contraire, une réaction très calme et une série de mesures de rétorsion graduelles sur une longue période. Quoi qu'il en soit, il ne faut pas oublier que la menace est toujours plus terrible que sa mise à exécution. Tant que la perspective de l'adhésion de la Géorgie et de l'Ukraine à l'OTAN effraie certains en Russie, la crainte est un facteur substantiel. C'est le problème de Moscou. Dès que le processus d'adhésion de ces pays à l'Alliance commencera, ce sera alors le problème de l'OTAN.

L'impasse européenne. Le bilan de 2007 (et des années précédentes) se résume à ceci: la Russie et l'Europe ne veulent et ne peuvent entretenir de contacts en tant que deux systèmes, deux conceptions du monde et deux civilisations différents. Pourtant, des contacts entre des milliers de grandes et petites compagnies ainsi qu'entre les gens se développent parfaitement. Mais, dans le cadre de l'OTAN, de l'Union européenne et, surtout, de l'OSCE, même les entretiens stériles menés ces deux à trois dernières années en vue de maintenir l'apparence d'un dialogue se sont avérés inutiles. Autrement dit, on assiste à une crise entre l'Europe et la Russie, mais uniquement au niveau des conceptions.

Que devrait faire la Russie en 2008 sur le plan européen? On peut y répondre comme suit: il ne faut rien faire, mis à part le minimum qui se fait déjà. Si les structures européennes n'arrivent toujours pas à comprendre que la Russie a le même rapport à l'UE que l'Argentine ou Madagascar, tans pis pour les Européens. Moscou peut se permettre d'attendre, même dix ans, tant que l'UE ne trouvera pas le ton juste et les sujets à aborder avec la Russie. Les Européens ont déjà changé de ton dans le dialogue avec la Chine, un jour viendra où ce sera le cas de la Russie. D'ailleurs, ce processus désagréable pour l'Occident ne concernera pas uniquement la Russie: le rapport entre les forces change avec l'arrivée du nouveau siècle.

Un objectif atteint. Enfin, il convient d'expliquer le sens et les raisons de l'étape actuelle et de la politique étrangère russe. Ce n'est un secret pour personne: il y a de nombreux documents à ce sujet, par exemple, la conception de la politique étrangère et les discours du président ou du ministre des Affaires étrangères. Mais il est parfois nécessaire de fournir une explication supplémentaire.

La politique étrangère russe représentée par les ministres des Affaires étrangères Evgueni Primakov, Igor Ivanov et Sergueï Lavrov reste la même et vise à venir à bout de la catastrophe de la fin des années 80-90. Cette catastrophe prend sa source dans la formule idéaliste suivante: "rejoindre le monde civilisé". Il a fallu tenter de le faire pour ne pas oublier la leçon reçue: tant que la Russie ouvrait ses bras à l'Occident, celui-ci l'a interprété comme une capitulation et a violé toutes les promesses qu'il avait faites à Moscou (par exemple, celle de ne pas élargir l'OTAN). Il était prêt à soutenir n'importe quel régime, même le plus absurde, se trouvant à la périphérie de la Russie, pourvu qu'il soit antirusse. Tous les moyens étaient bons pour affaiblir la Russie.

Mais le monde a commencé à changer au cours de cette guerre froide unilatérale. La puissance relative et l'influence des Etats-Unis et de l'Europe ont diminué, alors que celles de la Chine, de l'Inde et d'autres pays se sont accrues. Grâce à un concours des circonstances (prix du pétrole et du gaz) et à la politique étrangère russe judicieuse, la Russie s'est heureusement retrouvée parmi les pays dont l'influence augmente, dans l'ensemble, malgré quelques échecs concernant des problèmes secondaires. Cela permet à la diplomatie russe non seulement de dire tout haut ce qu'elle n'accepte pas, mais aussi de renoncer aux engagements astreignants imposés, par exemple, au Traité FCE qui n'a été appliqué, avant cette année, que par une seule partie: la Russie.

Il importe de comprendre que la Russie aurait adopté le même comportement à l'égard de l'Occident même sans l'élévation des prix des hydrocarbures: non seulement la classe politique russe, mais aussi la quasi-totalité de la société russe sont d'accord sur ce point. L'étape actuelle se distingue par la fin de la politique étrangère catastrophique "d'adhésion", et ce, que les Européens ou les Américains se rendent compte de cette réalité ou non. A présent, il faut progresser et c'est le plus difficile.

Ni amis, ni ennemis. Pendant que les Etats-Unis et l'UE essayaient, même après la fin de la guerre froide de jouer selon ses règles, en créant des blocs et des alliances contre l'adversaire d'hier, pendant que de nombreuses personnes en Russie raisonnaient en se référant aux stéréotypes d'hier et cherchaient des "alliés" tantôt parmi les pays la CEI (Communauté des Etats indépendants), tantôt en la personne de la Chine ou de l'Inde, la politique mondiale a commencé à adopter un nouveau principe. La Chine, l'Inde, et même des pays aussi proches de la Russie que le Kazakhstan, se placent de plus en plus habilement à équidistance les uns des autres. Le public russe a du mal à comprendre que les pays les plus chanceux du monde contemporain n'ont ni amis, ni ennemis, par contre, ils ont de multiples intérêts économiques. Les électeurs russes n'arrivent pas à comprendre que Moscou ne crée aucun bloc contre qui ce soit, qu'il veut également devenir "équidistant".

Dans le monde actuel, le plus avantageux est de ne pas effrayer et de ne pas s'opposer à d'autres, mais de les aider à s'enrichir et à prospérer. Ces bonnes intentions sont plus fortes que les armes nucléaires. Mais ceux qui se préparent, par habitude, aux guerres d'antan n'arrivent pas à se rendre compte de cette nouvelle réalité. Lorsque l'Algérie, le Turkménistan, le Kazakhstan ou le Vietnam prennent des décisions commerciales désavantageuses pour la Russie, de nombreuses personnes l'interprètent comme une "trahison". Mais il en est autrement.

L'argent. En 2008, lorsque les mots "terrorisme international" cesseront définitivement de jouer le rôle de facteur de cohésion globale, un désagrément sérieux du type de la crise de la monnaie américaine (chute du dollar) pourrait parvenir à réunir le monde. Alors, il sera enfin clair que les blocs et les camps n'existent plus et que la stabilité de l'économie mondiale est devenue le principal souci général.

Les personnalités et les manières. Le changement de président en Russie peut théoriquement conduire au changement du ministre des Affaires étrangères. Bien entendu, il vaut mieux éviter de le faire, car Sergueï Lavrov est l'homme le plus souple et compétent parmi tous ceux que la classe politique russe pourrait nommer à sa place à ce poste. En Russie, ceux qui brûlent d'envie de dire toute la vérité et de rappeler que les années 90 appartiennent au passé sont trop nombreux, tandis que ceux qui apprécient un style de comportement calme, sobre aussi bien dans les affaires que dans la diplomatie sont trop peu nombreux. En 2008, et par la suite également, la Russie et les Russes risquent d'essuyer de nombreux échecs dans l'arène mondiale s'ils n'apprennent pas à obtenir leur objectifs en souriant.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

Source : Par Dmitri Kossyrev, RIA Novosti


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