La
course à la technologie
Paris, 10 décembre 2007
Mi-2009, le premier Airbus
A 320 sortira des nouvelles lignes de production
de l'usine chinoise du groupe européen
à Tianjin, une ville portuaire au sud-
est de Pékin. Ce sera le premier avion
assemblé par Airbus en dehors d'Europe.
Déjà, en 2005, le groupe a ouvert
un centre de recherche dans la capitale chinoise
- Pékin devant participer à
hauteur de 10% d'un futur programme.
Cette cession de technologie et de savoir-faire
est une révolution pour l'avionneur,
mais la conquête du marché chinois
est à ce prix. Dans les vingt prochaines
années, l'empire du Milieu aura besoin
d'environ 2 000 appareils supplémentaires,
et le fabricant européen espère
capter la moitié de ces commandes.
Comme tous les grands noms de l'industrie
mondiale, Airbus n'a pu échapper au
supplice chinois : vendre aujourd'hui, et
risquer de créer un concurrent pour
demain.
Coopération inévitable
«Il faut trouver des coopérations
intelligentes. Si on ne le fait pas, on se
ferme les portes de ces marchés pour
de nombreuses années», estime
Norbert Ducrot, vice-président Asie
d'Eurocopter. La filiale d'EADS possède
une grande expérience de la coopération
avec la Chine, où elle opère
depuis quarante ans. Dans les années
1980, les Chinois assemblaient sous licence
des hélicoptères Dauphin -rebaptisés
Z9. Puis vint la coopération industrielle
en 1991, avec la société Avic
2, pour la construction du EC 120, un hélicoptère
de 2 tonnes. Les Chinois ont obtenu 25% de
fabrication locale. «Aucun concurrent
n'est entré en Chine», clame
Norbert Ducrot. Sur ce schéma de coopération,
un nouvel accord a été trouvé,
en 2006, pour le développement d'un
appareil de 7 tonnes, le EC 175. Pour cet
hélicoptère de quinze places,
vendu 600 millions d'euros pièce, Avic
2 a obtenu 50% de la fabrication. La ligne
de production chinoise alimentera le marché
local et l'usine européenne, le reste
du monde. «En signant ces gros contrats,
on sauve des emplois en Europe et on développe
de nouvelles technologies», assure Norbert
Ducrot. Il a cependant fallu deux ans pour
aboutir à cet accord. Durant neuf mois,
les négociations sont restées
bloquées sur des questions de transfert
de savoir-faire, dont le responsable d'Eurocopter
n'aime pas trop parler : «Je ne dis
pas qu'ils n'améliorent pas leurs connaissances...
Après tout, la France s'est développée
exactement de cette façon après
la Seconde Guerre mondiale.»
Transferts «intelligents»
A présent, c'est au tour d'Areva de
doser la transmission aux Chinois de ses connaissances
dans le nucléaire. Depuis les années
1980 et la construction de la centrale de
Daya Bay, les Français étaient
tranquilles en Chine. Les choses ont changé
fin 2006 avec le lancement par Pékin
d'un appel d'offres international pour la
construction de quatre réacteurs nucléaires
de troisième génération.
La solution de l'américain Westinghouse
allié au japonais Toshiba a convaincu
la Chine, mais simultanément des discussions
ont été menées entre
Areva et son client historique China Guangdong
Nuclear Power Corp. (CGNPC) qui vient d'annoncer
la commande de deux EPR au groupe français.
Pour les responsables d'Areva, les Américains
ont consenti la cession pure et simple d'une
technologie, tandis qu'eux-mêmes assurent
avoir pris leurs dispositions pour protéger
leur savoir-faire. «Nous acceptons que
l'utilisateur chinois gagne en autonomie,
qu'il puisse reproduire l'équipement
et l'ingénierie du projet, explique
Arnaud de Bourayne, le président d'Areva
en Chine. Mais selon notre modèle,
les deux parties deviennent copropriétaires
de la technologie et en définissent
l'usage ensemble.» De toute façon,
il ne voit pas non plus d'alternative à
la coopération technologique. Alors,
il la veut «intelligente».
Source : Gilles
Fontaine Challenges
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