La
Chine investit l'Amérique latine
Paris, le 11 avril 2008
L'Amérique latine, où arrive
la flamme olympique ce vendredi, tente de
se dégager de l'influence économique
des Etats-Unis depuis une vingtaine d'années.
La Chine est devenue l'investisseur providentiel.
Mais aujourd'hui, l'influence de Pékin
y est de plus en plus critiquée.
Les relations sino-sudaméricaines
sont récentes. La plupart des gouvernements
de l’Amérique du sud n’ont
reconnu la République populaire de
Chine qu’après la visite de Nixon
à Pékin en 1972. Depuis 2000,
les relations trans-pacifiques s’amplifient
en raison d’intérêts économiques.
Mais dans le cadre de leurs échanges,
la Chine a tendance à prendre l’ascendant,
ce qui déplaît au Brésil,
puissance émergente. Le Mexique a,
quant à lui, déclaré
la guerre à Pékin.
Un flirt économique bancal :
Les non-alignés économiques
Depuis vingt ans, les pays amérindiens
cherchent ouvertement à quitter la
sphère d’influence économique
des Etats-Unis. La Chine leur ont apporté
une alternative concrète: un soutien
financier sans aucune contrepartie politique.
En échange, Pékin veut accéder
aux meilleurs prix aux matières premières
d’Amérique latine.
La Chine et...
D’un côté, les pays du
Mercosur (l’union économique
des pays d’Amérique latine) profitent
des investissements chinois. De l’autre
côté du Pacifique, Pékin
récupère les richesses latines,
à savoir le soja, le pétrole
et de nombreux minerais (argent, cuivre, étain).
Le cobalt et le nickel cubains sont importés
massivement vers Shanghai. Le géant
asiatique est souvent le premier consommateur,
et donc importateur mondial, de ces ressources.
Retour de dépendance
Les industriels brésiliens, réunis
en conférence, ont dénoncé,
il y a quelques mois, la nouvelle dépendance
de leur pays à la Chine. Ils accusent
leur président Lula d’avoir remplacé
Washington par Pékin.
Le géant chinois, et sa croissance
record de 10% par an, happe les matières
premières amérindiennes, tout
en inondant les marchés latins des
produits manufacturés "made in
China". Pour les dirigeants amérindiens,
les capitaux et investissements chinois sont
une aubaine: l’Argentine, qui sort difficilement
d’une crise financière, a même
demandé à Pékin de remplacer
le FMI, bailleur de fond temporaire de Buenos
Aires.
La stratégie chilienne
Le Chili,champion du libre-échange
sur son continent, veut libéraliser
le commerce dans les secteurs industriels
avec la Chine, la plaçant dans la même
position que les Etats-Unis. Selon certains
économistes, la suppression des barrières
douanières serait une catastrophe pour
le Chili. Mais le ministre de l’Economie
veut provoquer une guerre ouverte entre les
produits chinois et américains. Par
principe, cette concurrence devrait faire
baisser les prix.
Le réveil des consciences :
L’intervention d’Hu Jintao
Lors d’une visite d’État
effectuée du 11 au 23 novembre 2004
dans quatre pays d’Amérique latine
(Brésil, Argentine, Chili et Cuba),
le Président chinois Hu Jintao a conclu
des ententes permettant de débloquer
des investissements de plus de 30 milliards
de dollars en Argentine et au Brésil
au cours des prochaines années.
La reprise actuelle de l’économie
brésilienne est d’abord et avant
tout reliée aux exportations, la Chine
en constituant assurément l’une
des plus puissantes locomotives. Le dollar
ne règne plus sur les puissantes émergentes
que sont le Brésil, l’Argentine
et le Chili.
Des sino-dollars critiqués
Cette domination financière de Pékin
inquiète les industriels amérindiens,
directement concurrencés par les produits
manufacturés chinois. Les producteurs
argentins de soja sont les premiers à
avoir sonné l’alarme en 2006:
ils menacent aujourd’hui de bloquer
les exportations de la fève vers le
géant chinois. Selon l’un des
plus puissants exploitant de mines d’argent
du Brésil, l’union commerciale
du Mercosur doit être complétée
"avant de pactiser avec le diable"
chinois.
Guerre ouverte avec le Mexique
Le cas de Mexico est un peu différent.
La Chine a ravi au Mexique sa position de
deuxième fournisseur de l’économie
américaine. Depuis que le Chine veut
entrer à l’Organisation mondiale
du Comerce, le gouvernement mexicain n’a
eu de cesse de réclamer un approfondissement
de l’ALENA, le Traité de libre-échange
nord-américain, qui permettrait au
Mexique de renforcer sa position stratégique
de partenaire privilégié de
l’économie américaine.
Quelques chiffres
Population Amérique latine/Chine :
600 / 1322 millions d’habitants
Superficie Amérique latine /Chine :
18,4 / 9,6 millions de km²
Densité Amérique latine /Chine
: 49 / 136 habitants/km²
Indice de développement humain (calculé
à partir du niveau de vie, de la santé
et de l’éducation de la population)
: 0,869 pour l’Argentine (38e rang mondial
en 2005, avant la crise financière)
0,821 pour le Mexique (53e rang mondial) 0,8
pour le Brésil (70e rang mondial) 0,761
pour la Chine (81e)
Source : Gaël
vaillant
L'express
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