Chine
: rencontre historique entre Hu Jintao et
le vice-président élu de Taïwan
Paris, le 12 avril 2008
La Chine et Taïwan, que Pékin
considère comme une province rebelle,
ont noué samedi des contacts au plus
haut niveau lors d'une rencontre historique,
faisant naître l'espoir d'un dégel
après huit ans de tensions dans le
détroit.
Hu Jintao, président chinois et secrétaire
général du Parti communiste,
a rencontré le vice-président
élu taïwanais Vincent Siew à
l'occasion d'une réunion économique
régionale, le Forum de Boao pour l'Asie,
sur l'île de Hainan, dans le sud de
la Chine.
"Les échanges et la coopération
économiques entre les deux rives du
détroit font face à un moment
historique qui nécessite les efforts
de tous", a déclaré avant
la rencontre M. Hu, expliquant vouloir écouter
M. Siew, qualifié par le numéro
un chinois d'"expert en ce domaine".
"La réalité prouve que
le développement économique
du détroit est l'attente commune des
habitants pour améliorer leurs niveaux
de vie et promouvoir la paix régionale",
a expliqué un M. Siew souriant, assis
à la droite du président chinois.
M. Hu a demandé à M. Siew de
transmettre ses amitiés à Ma
Ying-jeou, le candidat du parti nationaliste
Kuomintang, proche de Pékin, qui a
remporté l'élection présidentielle
taïwanaise il y a trois semaines, a indiqué
la télévision centrale chinoise.
Après la rencontre, M. Siew en a tiré
un bilan très positif. "L'entretien
a été amical, franc et harmonieux,
et il y a eu des résultats", a-t-il
déclaré au cours d'une conférence
de presse, qualifiant M. Hu de "pragmatique".
Le porte-parole de M. Siew, Wang Yu-chi,
a précisé que les résultats
atteints concernaient l'établissement
d'un dialogue substantiel entre les deux pays.
"Nous leur avons parlé de nos
espoirs, et ils ont réagi à
cela", a-t-il indiqué.
Un membre important de la délégation
taïwanaise, Su Chi, a estimé que
cet entretien de vingt minutes était
de portée historique. Interrogé
sur son atmosphère, il a précisé
qu'il y avait eu "une bonne alchimie,
une alchimie harmonieuse" entre les deux
responsables.
M. Ma, qui prendra ses fonctions le 20 mai,
a fait d'une détente avec le régime
communiste la pierre angulaire de son programme.
Il a récemment réaffirmé
sa volonté de signer un traité
de paix avec la Chine pour mettre un terme
au conflit armé qui n'a jamais officiellement
pris fin depuis près de 60 ans.
Les tensions avec la Chine s'étaient
accrues après l'arrivée à
la présidence de Taïwan en 2000
de l'indépendantiste Chen Shui-bian,
qui avait ouvert une période d'escalades
verbales et de défiance systématique.
"Nous essayons de casser la glace après
huit ans de gel. Nous voulons inaugurer une
nouvelle période dans les relations"
bilatérales, a déclaré
M. Su à l'AFP avant la rencontre.
Les Etats-Unis, qui se sont engagés
à venir en aide à Taïwan
si l'île était menacée,
ont salué dès vendredi l'annonce
de la rencontre.
"Nous pensons que le dialogue entre
la République populaire de Chine et
les autorités (...) de Taïwan
est la meilleure façon d'aller de l'avant",
a déclaré le numéro deux
du département d'Etat, John Negroponte.
La réunification de l'île est
qualifiée d'"enjeu majeur"
par Pékin, qui menace d'intervenir
militairement si Taïwan officialisait
une indépendance de fait datant de
1949.
Cette année-là, les forces
nationalistes du chef du Kuomintang, Chiang
Kai-shek, battues par les communistes, se
réfugièrent à Taïwan,
où furent transférées
les institutions de la République de
Chine (ROC) tandis que les communistes fondaient
sur le continent la République populaire
de Chine (RPC).
Source :
AFP
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