La Chine à l’assaut de l’Afrique
Paris, le 04 avril 2008
Des investissements supérieurs
aux sommes injectées par la Banque
Mondiale, 800 000 Chinois installés
sur place... L'Afrique est en passe d'être
dévorée toute crue par l'Empire
du milieu.
La croissance et même la survie économique
de la Chine dépendent, paradoxalement
et pour une part croissante, du continent
le moins développé, l'Afrique.
Pékin absorbe désormais 25 %
de tout le cuivre consommé à
travers le monde, 40 % du charbon, 35 % de
l'acier, 10 % du pétrole et sa demande
ne cesse de croître, et 90 % de tout
l'aluminium. Une économie dévoreuse
d'énergie, boulimique en matières
premières qui s'est tout naturellement
tournée vers la région qui en
est le mieux pourvu.
Les Chinois ont lancé une véritable
OPA sur l'Afrique en profitant à la
fois de la perte d'influence occidentale,
notamment française en Afrique de l'Ouest,
et de la crise que traversent les institutions
chargées de l'aide au développement
: en 2007 Pékin a investi plus de 9
milliards de dollars en Afrique alors que
la Banque Mondiale s'est révélée
incapable d'y injecter plus de 2,5 milliards
de dollars. L'organisation internationale
basée à Washington tente désormais
de convaincre la Chine de devenir son partenaire
pour le financement des projets africains.
Plus de 800 000 Chinois travaillent déjà
sur ce continent pour plus de 900 entreprises
de toutes tailles. Ils extraient le cuivre
et le cobalt en Zambie et au Congo, le platine
et le chrome au Zimbabwe ; ils achètent
d'énormes quantités de bois
au Gabon, au Cameroun, au Mozambique, en Guinée
équatoriale et au Libéria, ainsi
que l'acier, l'or, le charbon, le nickel dans
tous les pays de cette zone qui en détiennent
ou en produisent. L'Angola fournit la moitié
du pétrole importé d'Afrique
par Pékin. En janvier 2005 le gouvernement
de Luanda a bénéficié
d'un prêt chinois de 2 milliards de
dollars gagés sur le pétrole,
qui a augmenté d'un milliard de dollars
l'année suivante. Officiellement pour
réparer les infrastructures déficientes.
Les Chinois détournent le regardEn
réalité, la Chine sait qu'elle
traite avec des régimes totalement
corrompus qui détournent à leur
profit une partie de ces sommes. En juillet
2005, la Chine et le Nigeria, autre exemple
de corruption à tous les niveaux, ont
signé un accord de 800 millions de
dollars qui prévoit la livraison de
30 000 barils de pétrole quotidien
à la Chine ; le régime nigérian
a aussi octroyé à la Chine des
licences de forage en échange de 4
milliards de dollars.
Pour les nombreux dictateurs qui peuplent
cette région, Pékin constitue
une manne et une bénédiction
: le régime chinois offre une alternative
au tête à tête de plus
en plus pesant et tendu avec les occidentaux,
ne manifeste aucune exigence en matière
de démocratie ou de bonne gouvernance,
et enfin, propose gratuitement des services
que ces régimes ont toujours été
incapables d'offrir à leur population.
Plus de 15 000 médecins chinois ont
ouvert des dispensaires dans 47 États
africains.
La Chine : un généreux investisseurDésormais,
l'Afrique fournit 1/3 du pétrole importé
par Pékin. Ce qui explique qu'en 2006-2007,
le Président chinois Hu Jin Tao ait
visité 17 pays du continent. En 2005,
le flux commercial entre la Chine et l'Afrique
s'élevait à 40 milliards de
dollars, il dépassera les 100 milliards
de dollars avant 2010. Les réserves
financières de la Chine dépassent
1 500 milliards de dollars et Pékin
joue de cette puissance financière
pour séduire, contrôler. En juin
2006, le Sénégal a ainsi bénéficié
d'un allègement de sa dette, qui atteignait
alors 20 millions de dollars.
Par ailleurs, la Chine s'est engagée
à investir 35 millions de dollars dans
le dernier délire pharaonique du Président
Wade, la construction du plus grand théâtre
d'Afrique de l'Ouest. Aussi mauvais gestionnaire
que grand mégalomane, le dirigeant
sénégalais se montre très
satisfait de la réactivité chinoise
: « un contrat », confie-t-il,
« qui était discuté et
négocié pendant cinq ans avec
la Banque Mondiale, est conclu en 3 mois avec
les Chinois ».
Il est vrai que pour Pékin, le temps
presse. Et l'ampleur des investissements est
à la mesure de cette urgence. 15 milliards
de dollars ont été investis
au Soudan depuis 1996, essentiellement dans
le pétrole, et 500 000 barils par jour
sont extraits, en grande partie par la CNPC
(China National Petroleum Corporation), autorisée
à extraire directement les gisements.
Pékin finance et arme également
les rebelles tchadiens avec, comme objectif,
le contrôle des zones pétrolifères
du pays.
Vive les matières premières
!Étendre la présence chinoise
en République du Congo est devenu une
autre priorité. Le plus grand pays
d'Afrique est aussi l'un des plus pauvres
au monde, avec un revenu annuel par habitant
de 714 dollars. C'est également potentiellement
le plus riche : son sous-sol recèle
les plus importantes réserves mondiales
de cobalt et de tantalum, un métal
rare, et d'énormes gisement de cuivre,
d'or, de diamants, de manganèse, d'uranium
et de zinc. Un accord signé en septembre
2007 prévoit que la Chine injectera
6,5 milliards de dollars dans la construction
ou l'amélioration des infrastructures
du pays, ainsi que 2 milliards de dollars
supplémentaires pour ouvrir ou moderniser
de nouvelles mines.
Dans ce pays, les Chinois concurrencent directement
les grands groupes miniers occidentaux mais
disposent d'un atout de poids : leurs firmes
sont des entreprises publiques capables de
surenchérir inlassablement pour s'adjuger
les concessions. Un seul exemple : en 2006
Sinopec, l'une des 3 compagnies pétrolières
chinoises, a accepté de payer 2 milliards
de dollars pour exploiter le pétrole
sur trois lots situés dans les eaux
territoriales angolaises.
Cette stratégie rassure Pékin,
quant à la stabilité de ses
approvisionnements, et encourage les comportements
les plus obscènes de certains dirigeants
africains : depuis que du pétrole a
été découvert dans la
minuscule Guinée équatoriale,
une ancienne colonie espagnole, la famille
au pouvoir est courtisée par la Chine
et les occidentaux. Malgré les gisements
découverts, le niveau de vie de la
population, déjà misérable,
a encore chuté et le fils aîné
du Président, et son successeur désigné,
a pour principal préoccupation de négocier
le rachat du yacht de Paul Allen, le co-fondateur
de Microsoft.
Source :
Le post
|